Édito

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Des Trente glorieuses à la mondialisation :
ouverture et anticipation

Par Pierre Vigouroux, président de l’IRA; Francis Guillot, président de la CCIPA;
Jean-Louis Veyrie, vice-président de la CCIPA et délégué à la formation.

Pierre Vigouroux, président de l’IRA

Pierre VIGOUROUX

L’Institut de Régulation et d’Automation IRA a été créé en 1967 par la CCI du Pays d’Arles en réponse à la demande de l’industrie pétrolière présente sur la région de Berre alors en pleine croissance. Le besoin pressant en régleurs et instrumentistes était insuffisamment couvert par la formation initiale en France limitée à quelques lycées techniques ; les lois sur la formation continue n’existaient pas encore.

Jean-Louis Veyrie, vice-président de la CCIPA et délégué à la formation

Jean-Louis VEYRIE

En 1970 les locaux provisoires en ZI Sud font place à un bâtiment en dur au nord de la ville, destiné à la formation et à l’hébergement des stagiaires. Une réalisation visionnaire qui a résisté au temps et aux inondations de 2003. Très vite l’IRA s’internationalise : l’Afrique aussi a besoin de personnels qualifiés. Dès les années 70 un centre est créé à Bizerte avec la Société Tunisienne des Industries de Raffinage. Le développement géographique sera toujours d’actualité : ailleurs en Afrique mais aussi au Brésil, en Chine. Les élèves de l’époque occupent maintenant des postes à responsabilités et assurent la notoriété de l’IRA à l’international.
L’IRA est étiqueté «industrie pétrolière». Avec la généralisation de l’automatisation des procédés dans toute l’industrie (sidérurgie, nucléaire, chimie, agroalimentaire...) le besoin en spécialistes de la régulation et de l’automatisme s’accroît. L’IRA élargit son éventail des formations pour répondre à la demande. De nouvelles filières sont créées en automatisme industriel et analyse physico-chimiques en ligne : la production de masse soigne sa qualité.

Les technologies évoluent : le pneumatique cède la place à l’électronique, les formateurs sont prêts et ont anticipé. Le mouvement s’accélère avec la programmation et le numérique. Les compétences évoluent, l’enseignement s’enrichit d’informatique industrielle et de gestion de projets. Les formateurs intègrent ces progrès à leur pédagogie.

Francis Guillot, président de la CCIPA

Francis GUILLOT

Les demandes de la grande entreprise et de l’export ne font pas oublier l’ancrage local. Au début des années 80 le besoin d’assistance technique est exprimé par les entreprises ; il se concrétise dans l’ATRI (Assistance technique et recherche industrielle).
Cette confrontation des formateurs aux réalités industrielles lors des interventions en entreprise leur donne une pleine légitimité dans leur enseignement, en phase avec les besoins des entrepreneurs.
L’IRA devenu association en 1992 s’ouvre à des collaborations avec d’autres chambres de commerce au travers de leurs organismes de formation pour répondre aux mutations de cette fin de siècle : évolution des procédés, externalisation de la maintenance, environnement et développement durable. La clientèle s’est diversifiée et multipliée mais l’IRA a su garder son objectivité et sa neutralité face aux fournisseurs de matériels dans un esprit d’ouverture.
Aujourd’hui, régulation et instrumentation se conjuguent aux réseaux, aux systèmes d’information, à la modélisation et à la simulation. Cette évolution se ressent dans la pédagogie avec le e-learning et le télé-enseignement. L’IRA s’est forgé des compétences reconnues au niveau européen puisqu’il est leader de deux projets Leonardo.
Esprit d’ouverture, compétences évolutives, souci des réalités, l’IRA saura toujours répondre aux besoins des entreprises dans un monde complexe et mouvant.


Historique

Quatre décennies d’adaptation et d’anticipation

En 40 ans l’IRA a su répondre aux besoins des entreprises. Des appareils relevant de la micromécanique et du pneumatique, on a basculé au cours des années 70-80 vers les composants électroniques et le câblage électrique. Puis, l’analogique a cédé la place au numérique. Les grandeurs mesurées ne se limitent plus aux classiques pression, température, niveaux et débit et on assiste à l’émergence de l’analyse en ligne, des systèmes de contrôle commande. Entre 1990 et 2000, face à l’évolution de l’informatique industrielle, la situation est mûre pour l’intelligence distribuée, la mise en réseau et les réseaux de terrain.
En parallèle, l’environnement, la normalisation de la qualité et l’évolution des réglementations influent sur l’éventail des formations.

Transmetteur pneumatique ouvertUne évolution technologique profonde
A la création de l’IRA en 1967, le pneumatique et la micromécanique règnent sur la régulation et les automatismes. Aujourd’hui l’informatique a investi les procédés

L’air servait à tout, faire tourner une raffinerie par exemple. Le pneumatique a connu la gloire et certaines unités dans le monde lui font toujours confiance, poussant à bout les possibilités du célèbre PID (proportionnel, intégral, dérivé). Avec les premiers appareils électriques, on conserve l’architecture générale mais en pneumatique on passe par des relais électromécaniques et des câbles. On ne parle plus en pression mais en tension et courant.
L'instrumentiste éternel serviteur de l'instrumentation industrielleLes choses se compliquent quand apparaissent les composants électroniques avec leurs courants faibles remplaçant les relais. L’automation est prise en charge par les automates programmables industriels, les calculateurs. Une partie des besoins logiques est réalisée localement, seules remontent au poste central des informations choisies. Conséquence : l’émergence de nouveaux besoins en connection et en synchronisation. Les procédés batch et l’industrie manufacturière s’intéressent à ces possibilités. Nous voilà dans la période des systèmes de contrôle centralisé. Il reste néanmoins beaucoup de câblages, coûteux en matériels et en temps d’installation avec leurs milliers d’entrées/sorties ; vulnérables car soumis à une panne de calculateur.
Dans les années 90 les microprocesseurs vont à nouveau bouleverser l’architecture du contrôle commande. L’intelligence se distribue, descend les échelons pour se retrouver au plus près du terrain sur les capteurs. Le procédé est vu sous un jour nouveau : plus d’informations, de bilans et de capacité d’analyses. Du coup, les besoins en communications explosent et s’organisent au travers de réseaux avec leurs protocoles maison (réseaux de cellules, d’atelier, d’usine) et pour support des câblages moins nombreux véhiculant des flux de données considérables. L’émergence de l’Internet achève le rêve d’une communication globale.
La progression de l’électronique de puissance a aussi un impact sur la régulation des procédés. La variation de vitesse sur les moteurs électriques à courant alternatif se banalise et permet de réguler finement le procédé et de réaliser des économies d’énergie.
L’accroissement des capacités d’acquisition et de traitement de données a servi les besoins internes pour la démarche qualité de production profitant ainsi au suivi des données environnementales.

Groupes de moto pompesLa mue de l’industrie
En quarante ans le paysage industriel a bien changé. Les énormes sites industriels des Trente glorieuses avec leurs milliers d’employés dans une même entreprise ont disparu.

Aujourd’hui les sites sont éclatés, les effectifs fondent, les sociétés de services sont omniprésentes.
Mais les fonctions régulation et automation perdurent dans ce contexte profondément modifié : elles sont seulement masquées car intégrées dans d’autres métiers. Volonté délibérée ou cheminement naturellement issu de l’évolution technologique, de ses opportunités ? Le fait est là.
Machine distribution fluidePendant les Trente glorieuses, il fallait faire gros, cloisonner, hiérarchiser ! Chaque service avait son domaine. En exploitation les tâches étaient réparties par atelier, chaque atelier ayant ses propres outils, son personnel attaché. Idem pour la maintenance avec des services bien délimités: mécanique, instrumentation, électricité, analyseurs, automation, informatique industrielle plus tard. Tout ce monde là ne communiquant pas de manière optimale. Tout était dans le même esprit. Un découpage «idéal» nécessitait beaucoup de personnel posté en 3/8. Il correspondait aussi aux besoins de l’époque. Sur un tableau droit affichant des kyrielles de régulateurs et d’enregistreurs, un opérateur pouvait surveiller une cinquantaine de boucles de régulation. Un instrumentiste pouvait mettre une demi-journée à régler un capteur pneumatique ! La présence sur le terrain était indispensable, les outils de diagnostic réduits à leur plus simple expression. Le savoir-faire était décisif.
L’arrivée de l’électronique, des SNCC a conduit à une concentration des tâches. Les actions en conduite sont optimisées, beaucoup de choses se passent désormais en salle de contrôle sur des pupitres.
Un seul opérateur prend en charge plusieurs centaines de boucles de régulation. Le nombre d’interventions et leur durée se réduisent. Les effectifs fondent «naturellement». Cela va provoquer des interactions entre le personnel d’exploitation et celui de maintenance plus importantes.
Au début des années 1980, le changement s’accélère. Les outils de conduite font aussi des diagnostics. La notion de maintenance de premier niveau apparaît : l’opérateur est à même de réarmer un dispositif, de remettre en état a minima. Le technicien spécialiste à feu continu disparaît au profit du système d’astreinte. A la fin de la décennie, la deuxième génération de SNCC apparaît, les salles de contrôle se regroupent. Un opérateur n’est plus attaché à un atelier, il est polyvalent.
En parallèle la maintenance évolue. Le personnel est moins présent sur le terrain avec la diminution des interventions. La fonction de maintenance, au moins pour les choses courantes, est parfois rattachée à l’exploitation; c’est aussi le début de la sous-traitance : le personnel attaché à l’entreprise se transforme en superviseur d’intervenants extérieurs.
Des contrats globaux de services prennent en charge différentes fonctions d’un site avec un impact direct sur les besoins en formation. L’arrivée de ces intervenants a modifié la demande en formation et l’a restreinte dans un premier temps. Et aujourd’hui ces prestataires sont les premiers clients de l’IRA.

Réglage d'un positionneur numérique de vanneSans homme pas d’instrumentation intelligente
Au milieu des années 90 certains prédisaient la disparition des instrumentistes. Mais la réalité du terrain est têtue. Certains métiers resteront. L’IRA a encore de l’avenir devant lui.

Tant que l’on transformera de la matière, il faudra savoir mesurer pour agir. Une température, une pression, un débit ne sont pas des grandeurs à la mode. Elles sont ! Et il faudra toujours autant de soin pour les capter correctement, et les transmettre de manière fiable. «Instrumentiste», «tuyauteur en instrumentation», «câbleur» peuvent sembler des métiers désuets, ils recouvrent des besoins bien réels. Le plus beau des SNCC ne vaudra pas plus que la qualité des informations qui le nourrissent.
Calibration d'un transmetteur intelligentQu’on se le dise. L’instrumentation et l’automation pneumatiques nécessitaient des compétences relevant de la micromécanique essentiellement. Les appareils avaient des durées de vie importantes. Instrumentistes et régleurs démarraient avec une formation de base et s’affûtaient sur le tas. L’arrivée des relais électromécaniques puis des composants électroniques a brusquement changé le profil ; il faut désormais des électriciens.
Avec les automates programmables, c’est une nouvelle approche de la régulation élargie avec l’arrivée des SNCC. De nouveaux métiers apparaissent comme le pupitreur qui réalise la conduite de procédé devant un écran et non plus sur le terrain.
En parallèle se développe l’analyse en ligne. L’arrivée de la complexité accroît les besoins en matière de sûreté de fonctionnement. Si à l’origine, pour faire face à un danger on se protégeait, l’approche évolue avec la prévention : il faut éviter qu’un accident se produise. D’où la mise en place de systèmes automatiques pour éviter que le procédé entre dans une zone à risque. Cela demande la mise en oeuvre de systèmes spécifiques.
Au milieu des années 80/90 l’émergence des politiques de qualité avec l’arrivée des référentiels ISO, les besoins de traçabilité et de mise en place des procédures font apparaître le métier de qualiticien. La fonction métrologie se renforce tout comme le besoin en techniciens en métrologie industrielle. Globalement le besoin en méthodes se renforce et impacte les bureaux d’études d’où la création de formations spécifiques. L’ensemble du contexte réglementaire évolue sous la pression des directives européennes.
Après la qualité et la sécurité l’environnement apporte ses besoins propres en suivi des rejets, donc en besoins complémentaires de mesure. La compétence en instrumentation se dissémine et chaque métier l’approche avec son besoin particulier. Le besoin de compétences se fait sentir aussi chez les fournisseurs de matériels. Ceux-ci se banalisent et la valeur ajoutée n’est plus tellement au niveau du produit. On n’est plus dans une logique produit vis-à-vis d’un capteur, d’un analyseur ou d’un automate mais dans une logique de solution. Les clients sont de plus en plus compétents et exigeants ; en face, le technico-commercial doit pouvoir sentir les besoins réels pour construire sa réponse.

Reconnaissance internetionale du savoir faire de l'IRAÉvoluer sur le contenu et sur la forme
Le contenu de la formation doit coller aux évolutions techniques et technologiques. La transformation des méthodes d’enseignement est tout aussi importante.

Dans les premiers temps de l’IRA, les formateurs devaient faire face essentiellement à un problème quantitatif : les stages étaient remplis à 12/16 personnes, les délais d’attente atteignaient un an. De nombreux stages duraient deux semaines, laissant le temps à de nombreux exercices et travaux pratiques favorables à une bonne assimilation. Une centaine de stages différents étaient au catalogue, équivalent à celui d’aujourd’hui mais les titres et les contenus ont fortement évolués. Une tendance nette se dessine, le raccourcissement de la durée des stages correspondant souvent à une scission en deux d’une formation. L’outil pédagogique principal était le tableau noir ou des transparents sur rétroprojecteur. Les formateurs devaient faire preuve de beaucoup d’imagination pour faire passer les messages.
les travaux pratiques : épine dorsale des formation de l'IRAAu fil des ans, les transparents sur un rétroprojecteur se colorisent, s’animent grâce à des calques. Fin des années 1980, l’IRA commence à réaliser des animations destinées à l’enseignement mais aussi le premier simulateur dynamique d’entraînement permettant de recréer des situations proches de la réalité industrielle. Petit à petit le savoir-faire pédagogique développé par les formateurs a pu s’intégrer dans des supports dédiés à tel ou tel enseignement.
Aujourd’hui la puissance des microordinateurs et des outils d’animation est exploitée pour créer des produits pédagogiques, multimédias, ludiques et performants. Parmi les outils développés, MédiaEval créé dès 1998 est destiné à tester les connaissances d’un futur stagiaire selon un référentiel de compétences adapté aux métiers de l’entreprise (accessible en ligne). Cet outil multimédia sert à la fois à une personne pour évaluer ses compétences et à l’entreprise pour gérer les compétences du personnel et élaborer des plans de formation. Dans la foulée, l’IRA crée dès 1999 « COLIBRI » un véritable simulateur de procédés industriels configurable et paramétrable qui permet de le rendre flexible à souhait.
L’IRA anticipe les besoins au travers de travaux de développement au sein de deux projets européens : Elvire pour la formation à distance et Advance pour la réalisation d’enseignements adaptés au profil cognitif du stagiaire. Les stages proposés par l’IRA sont inter-entreprises (à Arles mais aussi chez ses partenaires à Paris, Dunkerque ou Cholet) ainsi qu’en intra-entreprises pour répondre à un besoin d’économies (formation sur place) ou de formations adaptées au contexte de l’entreprise et sur ses appareils. Une centaine de formations sont ainsi dispensées tous les ans.
Dans le grand mouvement des années 90 l’IRA était questionné par certains grands clients par rapport à sa démarche qualité. Ce qui l’a amené à réaliser une analyse des formations délivrées. Un gros travail de structuration des cycles a été entrepris par toute l’équipe de l’IRA pour parvenir dès avril 2000 à décrocher la certification ISO 9001. C’est un argument commercial. Le renouvellement en 2003 s’est déroulé selon la version 2000. Cette démarche a permis de structurer le savoir et d’assurer la traçabilité des formations vis-à-vis des clients. En évaluant leur niveau de satisfaction, l’acquisition des connaissances par les stagiaires, il est possible d’améliorer l’offre en étant à l’écoute des clients. Aujourd’hui la certification AFAQ ISO 9001 : 2000 vient conforter ses relations avec ses clients et partenaires les assurant de son engagement au service de la qualité. Elle constitue également un accès aux nouveaux marchés nationaux et internationaux.

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